Je suis allé rencontrer Yannick Sellier, dans sa maison d'exil, à Kirschnaumen, le samedi 8 mars 2008. Au cours d'une promenade, botté jusqu'aux genoux, entre champs boueux, arbres arrachés par une récente tempête et flaques encore gelées, Yannick a bien voulu répondre à nos questions. Un bâtondans une main et une laisse avec son boxer au bout, dans l'autre, portant gants verts et écharpe multicolore, le dessinateur et membre des Editions Territorey avait un port altier ce jour-là.
Alors, la forme ?Toujours !Cahin caha, en ce moment ...Depuis quand dessinez-vous ? Prenez-vous des cours ou êtes-vous autodidacte ?Je dessine depuis mon plus jeune âge. Avec mes frères, nous offrions un dessin lors de chaque visite et lors de chaque événement, anniversaire, fêtes ... Nous passions beaucoup de temps à décalquer ou recopier des modèles sur des livres de coloriage, et plus tard sur des livres empruntés à la bibliothèque.J'ai continué à dessiner. Mon ouvrage de référence, celui par lequel je suis arrivé à la fois à la maîtrise de certaines formes et à l'utilisation de l'encre de chine, fut pendant longtemps : « Jean Morette apprend à dessiner à ses petits amis ». J'aimais aussi prendre ma chaise pliante et partir, en solitaire, à la recherche d'un pré, d'un arbre ou d'un rocher à croquer sur un carnet. Cela m'arrive encore, de temps en temps, par pur plaisir, pas nécessairement pour l'étude du paysage.Je suis un fou passionné des musées et des expositions. Je pense que ces visites récurrentes furent et restent très formatrices. Je passe des heures à scruter les tableaux, leurs détails, à comprendre l'agencement des traces de pinceaux ou la composition des plans et des lignes dans une photographie, une gravure. Je ne note rien, mais lorsque je dessine, mon sens de l'observation, toujours en éveil, me sert beaucoup et se reflète dans mon travail.Avez-vous songé à devenir dessinateur professionnel ?Depuis peu, de temps à autre, j'y songe. Mais verser dans la communication publicitaire par exemple, me tente peu. Pour le reste, j'aimerais illustrer des textes d'écrivains, participer à l'exploration de leur univers sans me substituer au texte. Nous verrons ce que l'avenir nous réserve ...
Parlez nous de vos débuts sur la revue de poésie l'Etoffe. Comment avez-vous connu Rémi Teulière et Didier Rodriguez, les fondateurs des Editions Territorey ?C'est une longue histoire. J'ai connu Nicolas, étudiant en philosophie, dans un foyer à Paris. Celui-ci m'a donné le mail de Sabine, poétesse. J'ai d'abord fais un dessin, sans intention, pour me divertir et je lui ai montré. Elle m'en a demandé d'autres, qui lui ont plu, et m'a proposé de réaliser la couverture et d'autres dessins pour la revue. L'ironie du sort, c'est que parmi les dessins présentés, le seul qui ait été retenu (un arbre), avait été fait un an auparavant à partir d'un modèle en Bretagne. J'ai vu Sabine et Didier, sur Paris lors de la remise de mes dessins. Nous avons discuté longuement, notamment de notre position par rapport à nos familles respectives. Ensuite, j'ai revu Sabine qui m'a apporté un exemplaire de l'Etoffe. Elle m'a dit que Rémi voulait me contacter absolument. C'est ce qu'il a fait.Parlons du livre et du DVD Ouragan Aveugle Au Désert, le premier projet des Editions Territorey auquel vous avez participé. Avec le recul, en êtes-vous satisfait ? En quoi ce projet était-il intéressant pour vous ?
Précisément c'est à ce propos qu'il m'a contacté. Je sortais, échaudé, d'une expérience ratée d'association, apolitique mais très politique quand même (!), en faveur de l'Europe. Cela faisait cinq ans que je faisais des études, j'avais besoin d'un projet plus personnel, plus artistique, qui convoque autre chose que ma seule raison.La préparation du recueil de poésie fut une période assez intense. Le matin, j'allais aux archives de Fontainebleau. Puis, je donnais des cours à deux jeunes, l'un après l'autre. Je mangeais aux alentours de 20h et je passais toutes mes soirées sur ce projet. J'y ai pris goût peu à peu. J'y ai consacré beaucoup d'énergie (c'est ma manière de faire, pour tester les limites, les miennes ou celles d'un projet). Lorsque j'ai reçu le livre dans mes mains, j'ai été très surpris et plutôt satisfait du résultat.Je suis content que Rémi ait fait appel à mes services car j'aime dessiner à partir d'une idée, d'un scénario, de quelquechose. Il faut que le besoin de dessiner un autobus s'impose à moi pour que je me mette à m'intéresser à ses proportions et aux jeux de perspectives. J'ai toujours besoin d'une base de travail. Et Rémi me l'a apportée.Vous ne connaissiez pas Rémi Teulière, pourtant vous lui avez fait confiance. Pourquoi ?Justement, ce sont les textes de Rémi et son enthousiasme qui ont rendu le projet, plus qu'intéressant, excitant. Il est très constant dans son travail et parvient aisément à dire, sans fioriture, ce qui lui va ou ce qui ne va pas. D'autre part, sa manière d'écrire, les thèmes qu'ils convoquent m'inspirent et me laissent une grande marge de liberté vis à vis de l'interprétation. Je suis enfin en accord avec une certaine manière de voir les choses que je crois sienne, et en tout cas mienne (entre intimité et superstructure, comme le dit une chanson, extraite de l'album « Grandir à l'envers de Rien », de Lola Lafont et Léva : « Entre l'euro, l'OTAN, l'atome, il y a nous. »)Aimez-vous les canards ?
Vous étiez au début un simple collaborateur, puis bien vite vous vous êtes retrouvé à la tête de l'association. Que représentent pour vous les Editions Territorey ?Beaucoup ! D'abord un espoir, et pour le reste, je vais m'en expliquer ...Il y a quelques temps, vous désiriez créer un collectif artistique, le collectif SALT'ART. L'avez-vous totalement abandonné ?Oh que non, je ne l'ai pas abandonné, je l'ai mis de côté ! Disons que ce n'était pas le moment. Pas encore. Je souhaite encore que soit mise en place une sorte de « fondation-maison de la culture-atelier-salle de représentation modulable-université populaire ». Sera-t-elle un bâtiment ou un espace dématérialisé ? L'avenir le dira ...Quoiqu'il en soit, l'idée de collectif correspondait à une volonté de faire dialoguer et de confronter des disciplines différentes. Il s'agissait de discuter et de mettre à l'épreuve de la pratique, cette discussion d'enjeux critiques, pédagogiques et artistiques. L'idée était aussi, en parallèle, de réfléchir sur les enjeux contemporains, notamment les questions de société, en convoquant divers arts et sciences. Une conception engagée de l'art ou des savoirs ? Peut-être. Le tout aurait été effectué grâce à l'écriture et la lecture publique de textes, l'organisation de conférences et surtout la réalisation d'ouvrages. Vaste programme, n'est-ce pas ?Les éditions Territorey concrétisent certains des aspects de cette démarche, de manière plus humble mais à mon avis de manière plus solide, réaliste (ses projets étant soit réalisés, soit réalisables), voire durable. Peut-être les éditions constituent-elles la première pierre de ce que j'ai évoqué tout à l'heure, du moins je l'espère ...Une question un peu technique : avec quel matériel travaillez-vous ?Je ne travaille plus avec l'encre de chine. J'ai travaillé pendant un temps avec divers stylos encreurs noir avec des mines aux diamètres différents, des feutres et des crayons de couleur (tous noirs !). Je scannais l'ensemble de mes dessins puis les retravaillais, avec le pointeur de la souris, tant bien que mal. Puis, plus récemment, je me suis acheté une tablette graphique reliée à mon ordinateur. J'ai peu à peu abandonné les crayons et les stylos. J'utilise à présent au feeling toutes les formes de pinceaux numériques que propose le logiciel Photoshop. J'aime utiliser la variété des rendus, des formes, des grosseurs de traits.Décrivez-nous votre processus créatif et vos impressions sur l'évolution de vos dessins depuis l'Etoffe jusqu'à A&N...Ils ont beaucoup évolué, surtout entre le Tome 1 et le Tome 2 d'Adan et le Néant. Du temps de l'Etoffe, j'étais encore dans les rondeurs. J'achevais ma période « art nouveau » pour entrer dans période « crade ». Petit à petit, s'est affirmé mon style « esquisse », entre précision du trait, des formes, des ombres et volonté de rendre le tracé visible. J'aime retravailler un dessin jusqu'à ce que j'obtienne la courbure ou l'atmosphère adéquate. Mes dessins sont la superposition de plusieurs couches. Ce qui les rendais, du temps des stylos, particulièrement compactes. Je pense avoir gagné en précision grâce à l'emploi de la tablette graphique qui me permet autant de travailler les détails en noir, que les détails en blanc.Rémi Teulière nous a expliqué comment vous fonctionnez tous deux pour faire A&N. Comment faites-vous pour trouver le visuel des scènes ? Combien de temps cela vous prend-il ? Faites-vous beaucoup d'essais ?Je ne fais pas beaucoup d'essais. J'ai très peu de brouillon. Quand j'ai une idée, je la retravaille au crayon de papier ou à l'ordi jusqu'à l'obtenir. Cela me prend du temps, en moyenne entre 6 heures et trois jours par planche, en moyenne (en ne comptant pas les retouches postérieures). Tout n'est pas pensé à l'avance. Il y a aussi et surtout une part qui se fait durant la phase de réalisation. Parfois, une erreur de manipulation, un trait un peu plus foncé ici ou là peuvent m'amener à affirmer telle forme plutôt que telle autre. Instinctivement je ressens ce qui ai valable et ce qui ne l'ai pas (à mes yeux ...). Parfois, je fais un seul trait sur le papier ou la page, celui-ci ne me plaît pas et je suis obligé de changer de feuille ou de page, pour pouvoir relancer le processus. Gommer ou effacer le trait ne suffit pas.Comment conciliez-vous votre activité au sein des Editions Territorey et vos activités professionnelles et familiales ? Décrivez-nous la semaine-type de Yannick Sellier durant la création d'Adan & le Néant !Ahlala ! Grave question. J'aimerais dire comme Rémi que mon activité rémunératrice actuelle est une mise en parenthèse de vie. Pourtant il semble qu'elle soit, au contraire, une véritable plongée, harassante et stimulante, au cœur même de la vie. A savoir, je suis pour les quatre mois à venir, assistant d'éducation (surveillance et soutien scolaire) dans un collège de campagne. D'autre part, le fait que je vive, de nouveau (après cinq années d'études à Paris), chez mes parents, me cause un surcroît de soucis, car leurs commentaires et a priorisa me font douter, parfois, et leur rythme de vie m'incommode, souvent.En phase de création, je me lève le matin, assez tôt (bien que je sois un lève-tard de nature) et je note sur des post-it ou des fichiers Word, les idées qui me sont venues la veille ou lors de mon réveil. Il se peut que je travaille le dessin de 8h à minuit, ou que j'y travaille seulement un matin, ou une après-midi, ou une nuit. Je fais des pauses piano, lecture, promenades avec le chien, raisins secs, piscine et cinéma.Je me rappelle souvent le texte de Virginia Woolf (dont j'avais écouté un enregistrement sonore), la nécessité d'avoir « Une chambre pour sois ». Mais force est de constater que j'ai dessiné, depuis huit mois, au fur et à mesure de mes pérégrinations, partout où j'ai pu. Sur une table basse chez l'une, sur le bureau de la bibliothèque, sous un lustre, lorsque j'ai travaillé à l'Opéra Garnier; sur mon ordinateur, sur l'ordinateur de mon petit frère, quand le premier est tombé en panne; sur une planche soutenue par des tréteaux, voire sur la table de la cuisine.
Vous n'avez jamais vu Rémi Teulière en chair et en os. Quels sont les avantages et les inconvénients du travail collaboratif à distance ?L'inconvénient, c'est de ne pouvoir voir Rémi. Je suis un palabreur et j'aurai parfois eu besoin de passer une soirée chez lui, à discuter de tel ou tel aspect. L'avantage, c'est de ne pouvoir voir Rémi, car cela limite justement ma logorrhée ! Plus sérieusement, je dirai, de même que Rémi, que le travail à distance est limité par les possibilités qu'offrent les techniques actuelles de communication. Lors de la phase finale, celle de la relecture et des retouches, cette limitation fut particulièrement contraignante, de mon point de vue. L'avantage principal, c'est la possibilité de continuer notre travail quel que ce soit le lieu où l'on se trouve, quel que soit nos déplacements.Avez-vous des projets artistiques en-dehors de l'association ?Oh, des dizaines ! Mes cahiers et mes dossiers sur l'ordinateur en regorgent. Je ne pense pas avoir assez de ma vie pour les réaliser tous. Pour l'instant, je travaille en plus, pour une compagnie théâtrale ArteDiem Millenium. J'ai conçu pour la troupe, le logo et le visuel du site Internet; pour le spectacle, l'affiche, le programme et les décors qui seront projetés en fond de scène. Je réalise aussi en ce moment une étude concernant les potentialités de la diffusion numérique pour l'exploitation cinématographique, avec en creux la possibilité d'un redéploiement des ciné-clubs et le soutien de la diversité culturelle.Quels sont les grandes orientations que vous voudriez donner aux Editions Territorey ?J'aimerais que les éditions Territorey deviennent un rendez-vous, entre autres rendez-vous, de l'édition électronique, une sorte d'île où il fait bon passer pour se ressourcer. Ce serait un endroit dans lequel on puisse discuter sérieusement, s'inspirer des expériences des autres et aspirer à de nouveaux projets mêlant toutes les potentialités qu'offrent l'interactivité et la navigation sur une page numérique (et non plus seulement numérisée !).Rémi nous a parlé d'un remake... de quoi veut-il parler ? Quel est ce projet secret qu'il s'apprête à vous détailler ?Si je ne m'abuse, comme élément déclencheur de l'histoire, dans la version originale, il y a aussi une chute ...Le fait de ne pas gagner de l'argent en dessinant autant... cela vous gêne t-il ? Quel est la nature de votre rapport entre l'art et l'ar... gent ?Si je parvenais à rassembler assez d'argent, grâce à mes réalisations ou grâce à d'autres projets, pour pouvoir vivre correctement, je serai plus tranquille. Si je devais gagner d'énormes sommes, il est évident que je réinvestirai tout le surplus dans des projets de mise en scène, de films, d'expositions (l'exposition peut être aussi un art !).Pour l'instant, le manque cruel d'argent m'a empêché de poursuivre une thèse alors que j'en avais les capacités et l'envie . Je suis obligé aujourd'hui d'accepter des travaux peu valorisants, qui mobilisent beaucoup de mon énergie et de mon temps, qui certes participent de la construction de ma personnalité, mais m'empêchent de me consacrer entièrement à mes projets.Or nous sommes justement en pleine phase de lancement. C'est comme s'il fallait le double, voire le triple ou le quadruple volume de carburant pour faire décoller une fusée, déjà très consommatrice en temps normal. Et c'est dur, très dur ... même si cela ne paraît pas, je me sens souvent découragé, ou plus simplement, fragile, donc susceptible et vulnérable.
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Pour vos travaux en général, et A&N en particulier, quels sont vos sources d'inspiration ?Je crois les avoir évoquées plus haut. Elles sont multiples et très variées. J'aime glisser partout des références, m'amuser avec des détails, comme une passoire devenant élément d'architecture, par exemple. Allez quelques révélations: en BD, « Les idées noires » de Franquin, « Le petit cirque » de Fred; côté gravure, Daumier, Dürer; côté cinéma, l'expressionnisme allemand, les portraits (gros plans sur les visages) de Eisenstein, Godard (pour ses réflexions sur le processus créatif et le statut de l'image); côté peinture, Bosch, Jordaens, Fragonard, Gustave Moreau, les Surréalistes, les esquisses en général (fusain, sanguine, mine de plomb, etc., sauf celles de Camille Corot !).Dessinez-vous en musique ou en silence ?En musique ! Quelques exemples : côté classique, Farnace de Vivaldi, Les Sept Dernières Paroles du Christ de Haydn, Mephisto Waltz de Liszt, Dvorak, Berlioz ; côté world, la flûte d'Inde du Nord, les chœurs Thibétains, la Samba, le Calypso, la musique Soufi ; côté film, John Williams, John Newton-Howard, Bruno Coulais, Alexandre Desplat ; côté tout venant, le groupe Tri Yann, Sarah Vaughan (jazz), et là sur l'instant, tout de suite, Hard Fi (rock). J'écoute aussi beaucoup la radio, France Culture, Fip, SR2 Kultur Radio (en allemand) et différents Podcasts. (Pour les informations et les questions de sociétés, je préfère la radio à la télévision.)Certaines scènes sont assez... crues et d'autres sont même vulgaires. Il y a pas mal de références sexuelles, qu'en pensez-vous ?Hum ... eh bien. D'abord, je ne pense pas être vulgaire, je me définirais plutôt comme iconoclaste ou provocateur. Côté sexe, voyez Topor, peut-être vous renseignera-t-il mieux que moi à ce sujet. Je ne suis pas sûr que l'on puisse associer la vulgarité à ma volonté d'esthétiser des moments de sexe. Moments que je n'ai pas encore vécus d'ailleurs, mis à part seul, devant mon ordinateur, par films pornographiques interposés. Les films de Sordherberg, « Mensonges, sexe et vidéo » ou « Videodrome », mettent assez bien en perspective cette relation complexe que j'entretiens avec la pornographie, entre attirance, béquille, répugnance et rejet.Plutôt que de vulgarité, je dirais qu'il y a surtout de la violence, une violence intériorisée que j'associe à une certaine manière de percevoir les relations sexuelles dans l'intimité de notre société contemporaine. Etonnamment, le côté « vulgaire » dénote plus une perplexité, un malaise, à mettre en relation avec mes complexes personnels en tant qu'homosexuel a-typé et mal assuré. Il n'y a rien de très réfléchi dans cet imaginaire, c'est plutôt impulsif et en très forte contradiction avec ma personnalité justement très, parfois trop discrète à ce sujet au quotidien.Vous n'avez pas participé à l'écriture du scénario. Aimeriez-vous que ce soit le cas ?Disons que j'y ai participé à ma manière par le dessin. Mais non, je ne le souhaitais pas.Pourquoi le noir et blanc ?Je pense que mes références parlent d'elles même. Sinon, parce que je ne maîtrise pas les couleurs. Je dis souvent, au début était le trait. Faites un trait sur une page et toute la page est transformée. J'aime le noir et le blanc, parce qu'ils contrastent très fortement. J'aime le fourmillement de traits parce qu'ils évoquent quelquechose, c'est à l'observateur de déterminer cette chose. Le noir et le blanc renvoient, pour moi, à la méditation nécessaire, à l'attention du détail à la fois visible et invisible, car mêlé à une infinité d'autres détails.Lorsque Rémi vous donnait les scripts, comment faisiez-vous pour les retranscrire visuellement ?J'ai remarqué que nombre de mes dessins étaient frontaux comme des fresques. J'ai eu certaines difficultés parce que je n'avais pas toujours assez bien préparé mon travail, notamment concernant la topographie des lieux ou le physique des personnages. Ainsi perçoit-on une nette évolution du personnage principal dont les caractéristiques se définissent seulement dans le Tome 2. Observez notamment la place des dents dans la bouche d'Adan. Ce n'était pas toujours pensé, mais au final, cela peut s'expliquer et donner une autre dimension, voire même d'autres dimensions, au dessin, à l'univers, aux actions évoquées dans le texte.Je sais que le tome un vient juste de sortir mais pouvez-vous nous en dire plus sur le tome deux ? Mettez-nous l'eau à la bouche !Le Tome 2 sera beaucoup plus explicite et en même temps plus confus (!). Ainsi les amateurs de mystères, de même que les amateurs d'histoires bien faites, trouveront leur compte. Il y aura plus de panoramiques, plus de découpages, et surtout des cases, enfin quelques unes, pas trop non plus. La qualité des dessins sera encore améliorée. Le Tome 2 sera une suite, mais surtout et avant tout, un complément nécessaire du Tome 1. Je pense que nous pourrons parler, au final, pour cette duologie d'un véritable diptique. (Ah, la belle phrase, qu'elle est jolie ! Enfin, si vous connaissez les retables, tryptiques et autres ouvrages en ivoire et en corne, du Haut Moyen-âge ou de la civilisation Byzantine, vous serez peut-être un peu plus avancés ! Voilà, voilà !)Vous allez l'envoyer à de grandes maisons d'édition afin d'être distribué en librairies au niveau national. Avez-vous beaucoup d'espoir ? Si le projet est refusé, qu'allez-vous faire ?Je n'ai pas beaucoup d'espoir. Mais qui ne tente rien, n'a rien. Je compte plus sur les forums, les annonces, le bouche à oreille pour assurer un lectorat à notre roman graphique. Même si je pense que ce lectorat sera réduit du fait de la nature et des partis-pris du travail mené. Comme on me l'a souvent dit : « C'est beau, certes, mais c'est horrible ! » Oui, évidemment, ce n'est ni Lanfeust, ni Titeuf (rq: ce sont des BD que j'ai lu avec un égal plaisir). Ce n'est pas divertissant même si la lecture peut procurer un certain plaisir, une certaine jouissance (pour reprendre la terminologie d'un ami Eric, dont on attend avec impatience le prochain roman, son tout premier, tout beau, tout chaud !)
Durant cette période de promotion, vous verra-t-on dans des festivals ou des librairies ?Si j'ai le temps, pourquoi pas, oui. Disons que cela sera plus envisageable l'an prochain que cette année.Nous arrivons à la fin de notre promenade. Yannick m'a invité à boire un thé au citron et j'ai pu apprécier ses talents de cuisinier, les gaufres étaient délicieuses, surtout avec de la confiture de mirabelle !!!![]()