(Quelques remarques sur le contenu de l'ouvrage et son élaboration, par Yannick Sellier,
réponse à la lettre d'un lecteur et en complément de la lettre à coeur ouvert - mai 2008.)
Concernant la blague du Mésopotamien: lors de la relecture, je souhaitais la retirer. Mais Rémi a insisté. Je ne suis pas
d'un naturel bagarreur. Je tends à être exigent petit à petit, avec mesure, tel un diplomate. Et je commence à l'être un peu plus, exigent et non pas diplomate, maintenant que je me crois
capable, justement, de me prononcer en fonction de nouvelles exigences ... Concernant les dessins du mythe de l'Hommonde: j'aurai dû ou pu les reprendre, mais j'ai souhaité les garder en
l'état pour conserver une trace du travail original et de son évolution.
Vous reconnaissez l'agressivité de mon trait et je vous en remercie. Même si Rémi se défend de toute provocation, mon travail n'abonde certes pas dans
son sens. Il y a des choses que je trouvais moi-même inconvenantes et que j'ai eu grand plaisir, cependant, à esthétiser et à représenter. Je ne sais si l'on peut y voir une certaine forme de
perversité. En tout cas, il y a de la méchanceté, de temps en temps, et beaucoup d'"idées noires" - pour reprendre le titre d'un ouvrage de Franquin que j'apprécie beaucoup. Les textes de
Rémi s'inscrivent sur la page en contrariant très souvent le dessein original. C'est de cette distance entre le texte et les dessins que naît l'intérêt de notre
collaboration.
Vous l'avez relu plusieurs fois,
dites-vous. Cela prouve que nous avons réussi notre pari. Celui d'amener le lecteur à se plonger vraiment dans le déroulement du roman graphique. Ce fut un véritable jeu d'équilibriste. Selon
moi, la planche qui représente le mieux la perte et la quête de repères, c'est le portrait, en buste, d'Androgyne-Roi sans bouche. L'expression est indéfinissable, le fond est noir, et l'on nous
explique qu'une histoire de fou se passe dans son dos. On guette le regard mais l'on n'y trouve pas forcément ce que l'on voudrait ou ce que l'on aurait cru y trouver.
Dans sa "lettre
à cœur ouvert", Rémi explique que l'art ne doit pas se réduire, ne doit pas être simplifié pour correspondre à un standard, à un désir pressant de facilité. Je partage son opinion. Mais je vois
dans le blog, et dans toutes les explications que je pourrai donner à l'avenir, un moyen pour tout lecteur d'accéder à la complexité. Encore faut-il que nous suscitions d'abord l'intérêt du
lecteur. Là aussi, nous jouons les funambules. Non, je ne vendrais pas mon âme au diable, mais je suis tout à fait prêt à discuter avec lui. C'est un jeu dangereux ? mais puis-je faire
autrement que d'en assumer les conséquences ?